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Michel Adanson, le naturaliste né à Aix qui a donné son nom au baobab

Né à Aix-en-Provence en 1727 mais parti dès l'âge de deux ans, ce naturaliste passe cinq ans au Sénégal avant de proposer, contre Linné, une autre méthode pour classer les plantes. Le genre du baobab, Adansonia, porte encore son nom.

La rédaction4 min de lectureAix-en-Provence
Gravure du XIXe siècle représentant le naturaliste Michel Adanson
Portrait : gravure du XIXe siècle, auteur inconnu, source Gallica / Wikimedia Commons, domaine public

En 1749, sur l'île de Sor, au bord du fleuve Sénégal, un jeune homme d'à peine vingt-deux ans observe un arbre au tronc démesuré. Il le mesure, le décrit, le dessine. Cet homme s'appelle Michel Adanson. Le fruit du baobab avait été décrit dès 1592 par Prospero Alpini ; d'Adanson viendra la première description botanique détaillée de l'arbre entier, esquissée dans son livre de 1757 puis publiée avec ses illustrations dans un mémoire de 1761. Linné retiendra pour ce genre le nom d'Adansonia, en son honneur. Il est resté.

Un Aixois qui n'a presque pas vécu à Aix

Michel Adanson naît le 7 avril 1727 à Aix-en-Provence. Le lien avec la ville s'arrête presque là : à deux ans, son père l'emmène à Paris, où il passera l'essentiel de sa vie. Formé à Paris puis au Jardin du Roi auprès du naturaliste Réaumur et du botaniste Bernard de Jussieu, il se découvre tôt une passion pour l'histoire naturelle. Vers quatorze ans, il reçoit un microscope du naturaliste britannique John Turberville Needham, qui l'encourage à observer le vivant de près. Destiné à la carrière ecclésiastique, il y renonce pour se consacrer entièrement aux sciences naturelles.

Cinq ans au Sénégal, une méthode contre Linné

Fin 1748, muni d'un modeste poste de commis obtenu auprès de la Compagnie des Indes, Adanson part pour le Sénégal, un voyage qu'il assume pour l'essentiel à ses frais. Il y reste un peu plus de cinq ans, jusqu'au début de 1754. La Compagnie des Indes, qui a repris en 1720 les activités de la Compagnie du Sénégal, tient alors les comptoirs de Saint-Louis et de Gorée, cette dernière île étant une plaque tournante de l'embarquement des captifs : un contexte à garder en tête, sans le prêter, faute de sources, à l'activité personnelle du naturaliste, qui consacre son séjour à collecter des plantes, des coquillages et des observations sur le fleuve et ses rives.

De ce séjour naît, en 1757, son « Histoire naturelle du Sénégal ». Nommé correspondant de Réaumur à l'Académie des sciences dès 1750, alors qu'il se trouve encore au Sénégal, Adanson gravit ensuite les échelons de l'institution : adjoint botaniste en 1759, membre étranger de la Royal Society de Londres en 1761, associé botaniste en 1773, pensionnaire de la classe de botanique et d'agriculture en 1785.

C'est pourtant en 1763, avec ses « Familles des plantes », qu'il pose son geste le plus audacieux. Là où Linné classe les végétaux selon un petit nombre de caractères choisis par avance, essentiellement ceux de la fleur, Adanson propose de considérer l'ensemble des parties du végétal : il énumère soixante-cinq systèmes de comparaison, dont il tire cinquante-huit familles naturelles. La méthode heurte de front les partisans du système sexuel de Linné, alors dominant en Europe. Elle annonce pourtant la classification par familles naturelles qui s'imposera après lui.

Le nom qui reste, l'homme qu'on oublie

Adanson ne se contente pas de ces deux ouvrages. Il poursuit un projet démesuré : embrasser, dans une seule œuvre, l'histoire naturelle du monde entier. Il en présente le plan à l'Académie des sciences en 1775. À sa mort, le chantier en reste au manuscrit : vingt-sept volumes, cent cinquante autres consacrés à quarante mille espèces, et un vocabulaire de deux cent mille mots, jamais publiés.

Déjà appauvri par son voyage et par l'échec commercial de son livre, il engloutit ses ressources dans son encyclopédie. La Révolution achève de le ruiner : en 1793, la dissolution de l'Académie le prive de ses pensions. Ses biographes rapportent que, nommé en 1795 à la section de botanique du nouvel Institut, il ne put se rendre à la première réunion faute de souliers. Il meurt à Paris le 3 août 1806, à soixante-dix-neuf ans.

Deux siècles plus tard, le nom d'Adanson tient en un seul mot que tout le monde connaît sans savoir d'où il vient : Adansonia, le baobab. Le lien de ce savant avec Aix-en-Provence, sa ville natale qu'il n'a pour ainsi dire jamais habitée, reste ténu. Il dit surtout ceci : une trajectoire scientifique peut naître n'importe où et se jouer ailleurs, entre un fleuve d'Afrique de l'Ouest, les collections du Jardin du Roi et un débat d'idées qui a changé la façon de ranger le vivant.

Nos sources

Les documents et publications sur lesquels cet article s'appuie.

  1. Encyclopédie Universalis, biographie de Michel Adanson (1727-1806) : poste de la Compagnie des Indes, « Description du Baobab » (1761), « Familles des plantes » (1763, soixante-cinq systèmes de comparaison, cinquante-huit familles), carrière académique (1750-1785), plan de l'encyclopédie présenté en 1775, perte des pensions sous la Révolution, nomination à l'Institut en 1795 et anecdote des souliers (nouvelle fenêtre)
  2. Wikipédia (français), « Michel Adanson » : naissance et mort, formation (Réaumur, Bernard de Jussieu, microscope de Needham), voyage « à ses frais » avec « un poste, très modeste, de commis à la Compagnie des Indes », séjour du 20 décembre 1748 au 18 février 1754, mémoire illustré sur le baobab en 1761 après une première mention dans le livre sur le Sénégal, Gorée « plaque tournante de l'embarquement », invitation à l'Institut datée de 1798 (nouvelle fenêtre)
  3. Wikipedia (anglais), « Michel Adanson » : dissolution de l'Académie et perte de la pension en 1793, manuscrit inachevé (vingt-sept volumes, cent cinquante volumes supplémentaires, quarante mille espèces, vocabulaire de deux cent mille mots), mort le 3 août 1806 (nouvelle fenêtre)
  4. Wikipedia (anglais), « Adansonia » : première description botanique du fruit par Prospero Alpini en 1592 (« De medicina Aegyptiorum »), observation de l'arbre par Adanson à Sor en 1749, première description détaillée de l'arbre entier avec illustrations, nom du genre attribué par Linné en son honneur (nouvelle fenêtre)
  5. Wikimedia Commons, fichier « Michel Adanson (1727-1806).png » : portrait gravé, domaine public, source Gallica, identité confirmée par l'inscription et les données structurées (nouvelle fenêtre)
  6. Wikipédia (français), « Compagnie du Sénégal » : « À partir de 1720, la Compagnie des Indes orientales reprend les activités de la Compagnie du Sénégal » ; objet négrier de la compagnie (nouvelle fenêtre)
  7. Wikipédia (français), « Gorée » : rôle de l'île dans la traite au XVIIIe siècle, estimation d'environ cinq cents personnes déportées par an entre 1726 et 1755 (nouvelle fenêtre)

Sujets#Michel Adanson#naturaliste#Aix-en-Provence#baobab#Les gens#sciences
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