André Campra, l'Aixois qui inventa l'opéra-ballet entre Lully et Rameau
Formé enfant à la maîtrise de la cathédrale Saint-Sauveur, André Campra (1660-1744) a créé l'opéra-ballet avec « L'Europe galante » en 1697 avant de devenir sous-maître de la Chapelle royale. Aix lui a donné une rue, un collège et l'auditorium de son conservatoire.

Dans le vieil Aix-en-Provence, une rue et un collège portent le nom de Campra, sans que grand monde ne sache pourquoi. André Campra, né dans la ville en 1660, fut pourtant l'un des musiciens les plus joués de son temps : l'inventeur de l'opéra-ballet, puis musicien du Roi à la Chapelle royale de Versailles.
Un enfant de la maîtrise Saint-Sauveur
André Campra naît à Aix-en-Provence à la fin de l'année 1660, rue du Puits-Neuf, et est baptisé le 4 décembre 1660. Son père, Jean-François Campra, chirurgien et violoniste originaire de Graglia, près de Turin, s'est installé à Aix ; sa mère, Louise Fabry, est aixoise. C'est de son père que le jeune Campra reçoit ses premières leçons de musique. En 1674, il étudie à la maîtrise de la cathédrale Saint-Sauveur, où le maître de chapelle Guillaume Poitevin lui enseigne le chant et la composition. Tonsuré dès 1672, il commence ses études religieuses en 1678 : dans la France du Grand Siècle, la musique d'Église reste la voie normale pour qui veut vivre de son art.
De Toulon à Notre-Dame de Paris
Sa formation achevée, Campra devient maître de chapelle itinérant. Il passe par Toulon en 1679, puis prend la direction de la musique à la cathédrale Saint-Trophime d'Arles en 1681. Deux ans plus tard, en 1683, il est nommé à la cathédrale Saint-Étienne de Toulouse, poste qu'il occupe pendant plus de dix ans. En 1694, il monte à Paris, où il est élu à l'unanimité maître de musique de Notre-Dame, l'une des charges les plus en vue du royaume pour un musicien d'Église ; il travaille aussi, en parallèle, pour les jésuites.
L'invention de l'opéra-ballet
C'est à Paris que Campra bascule vers le théâtre lyrique. En 1697, l'Académie royale de musique crée « L'Europe galante », sur un livret d'Antoine Houdar de La Motte. L'œuvre invente un genre, l'opéra-ballet, qui juxtapose plusieurs actes indépendants unis par un thème commun, ici les mœurs amoureuses de quatre nations. La partition paraît sans nom d'auteur, et Campra, toujours maître de musique de Notre-Dame, fera ensuite publier ses ouvrages profanes sous le prénom de son frère cadet, Joseph : la morale du temps voit mal un homme d'Église signer pour le théâtre. « Le Carnaval de Venise » suit dès 1699. Il finit par trancher et quitte son poste à Notre-Dame le 13 octobre 1700, l'année d'« Hésione » ; viendront ensuite « Tancrède » (1702) puis « Idoménée » (1712). Son plus grand triomphe reste « Les Fêtes vénitiennes », créées en 1710 : l'ouvrage approche les quatre-vingts représentations et sera repris jusqu'en 1759. Les historiens de la musique française situent Campra dans la génération qui sépare Lully, mort en 1687, de Rameau, dont le premier opéra ne sera créé qu'en 1733 : il est l'un des compositeurs d'opéra les plus joués du royaume.
Le musicien du Roi et la mémoire d'Aix
Le succès théâtral ne l'éloigne jamais tout à fait de la musique sacrée. En 1722, Michel-Richard de Delalande renonce à trois de ses quatre quartiers de sous-maître de la Chapelle royale ; l'année suivante, en 1723, Campra est nommé sous-maître, aux côtés de Delalande, qui conserve un quartier, de Nicolas Bernier et de Charles-Hubert Gervais, les quatre hommes se partageant l'année par trimestre. Nommé inspecteur général de l'Académie royale de musique en 1730, il en prend la direction en 1732. De cette période datent l'essentiel de ses motets, plusieurs dizaines au total, et un Requiem. Il meurt à Versailles le 29 juin 1744.
À Aix-en-Provence, le souvenir de Campra tient à quelques noms de lieux plutôt qu'à un culte : une rue Campra depuis 1879, le collège Campra, installé dans l'ancien séminaire entre les rues Loubet et Pierre-et-Marie-Curie, une école maternelle rue des Ménudières et l'auditorium du conservatoire Darius-Milhaud. Dans la cathédrale Saint-Sauveur, une plaque rappelle qu'il y aurait été baptisé ; l'acte conservé aux archives départementales situe pourtant la cérémonie à l'église de la Madeleine.
Curiosité aixoise : la rue qui lui rend hommage n'est pas la sienne. En avril 1879, le conseil municipal prévoit de rebaptiser Campra la rue du Puits-Neuf, où il est né ; en août, c'est finalement la rue de la Porte-Peinte, voisine, qui reçoit son nom. La rue du Puits-Neuf, elle, s'appelle toujours ainsi.
Nos sources
Les documents et publications sur lesquels cet article s'appuie.
- Wikipédia (français) : André Campra (nouvelle fenêtre)
- Larousse : André Campra (nouvelle fenêtre)
- Musicologie.org : André Campra (1660-1744) (nouvelle fenêtre)
- Encyclopédie Universalis : biographie d'André Campra (nouvelle fenêtre)
- Concertclassic : portrait baroque, André Campra (1660-1744), la verve provençale (nouvelle fenêtre)
- Aix en découvertes : André Campra, un nom d'Aix-en-Provence (rue, collège, conservatoire) (nouvelle fenêtre)
- Wikimedia Commons : portrait gravé d'André Campra par N. Edelinck d'après A. Bouys, 1725, BnF (nouvelle fenêtre)





