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Sénatoriales : ce que six listes en 2020 puis neuf en 2026 changent

En 2020, six listes se disputaient les huit sièges de sénateur des Bouches-du-Rhône, et deux d'entre elles en avaient raflé six. Elles sont neuf ce 27 septembre 2026. Ce que cet éclatement change mécaniquement au calcul de la plus forte moyenne, sans préjuger du résultat.

La rédaction7 min de lecture
Le bureau de poste, à Pourrières
Photo : François GOGLINS / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

Le 27 septembre 2020, les Bouches-du-Rhône avaient élu leurs huit sénateurs à partir de six listes. Le 27 septembre 2026, jour du scrutin, elles en comptent neuf pour les mêmes huit sièges. Ce n'est pas un détail : à la représentation proportionnelle, le nombre de listes en présence change la façon dont les sièges se répartissent. Voici ce que cet éclatement modifie mécaniquement, avec un exemple chiffré pour le comprendre, et sans préjuger d'aucun résultat pour le scrutin du jour.

2020 : six listes, deux blocs, huit sièges

Il y a six ans, la préfecture des Bouches-du-Rhône avait publié un résultat net. Sur 3 587 grands électeurs inscrits, 3 543 avaient voté, soit une participation de 98,77 %. Ce niveau n'a rien d'un engouement spontané : le vote est obligatoire pour les électeurs sénatoriaux, au titre de l'article L318 du code électoral, et une abstention non justifiée expose à une amende de 100 euros, comme le rappelle le Sénat.

ListeTête de listeVoixSièges
Cap sur l'avenir de nos villes et villagesPatrick Boré (union de la droite)1 243 (36,12 %)3
Pour un territoire solidaire, démocratique et écologiqueJérémy Bacchi (union de la gauche)987 (28,68 %)3
13 au cœurJean-Noël Guérini (divers)538 (15,63 %)1
Libertés communales, identité provençaleStéphane Ravier (Rassemblement national)345 (10,03 %)1
Renaissance 13 : pour une Provence écoutée par la France et l'Europe303 (8,81 %)0
L'Unité républicaine provençale 1325 (0,73 %)0

Pourcentages calculés sur les 3 441 suffrages exprimés (39 bulletins blancs et 63 nuls).

La page de résultats de la préfecture ne nomme que les huit sénateurs élus : les têtes de liste des deux listes restées sans siège n'y figurent pas, et nous n'avons pas trouvé de source publique permettant de les nommer. La préfecture classe ces deux listes, respectivement, en union du centre et en divers.

Deux listes larges avaient raflé six des huit sièges, trois chacune : celle de Patrick Boré (avec Valérie Boyer et Stéphane Le Rudulier) et celle de Jérémy Bacchi (avec Marie-Arlette Carlotti et Guy Benarroche). Les deux derniers étaient revenus aux listes de Jean-Noël Guérini et de Stéphane Ravier. Les deux plus petites listes n'avaient obtenu aucun élu.

2026 : neuf listes pour les mêmes huit sièges

Six ans plus tard, la page officielle du Sénat consacrée au département recense neuf listes pour les mêmes huit sièges. Nous les avons déjà détaillées, avec leurs têtes de liste et leurs nuances, dans notre article sur les neuf listes en présence. Là où deux grandes listes concentraient l'essentiel des candidatures de droite et de gauche en 2020, l'espace politique du département se répartit désormais entre neuf formations, dont plusieurs se réclament de familles politiques proches. Nous avions suivi cet été la manière dont les candidatures de droite se sont multipliées dans le département.

En comparant les deux scrutins, attention à deux faux amis. L'intitulé « Cap sur l'avenir de nos villes et villages », qui était en 2020 celui de la liste de Patrick Boré, est repris en 2026 par celle de Brigitte Devésa, qui n'est pas le même attelage. Et la liste de Stéphane Ravier s'appelle cette fois « Libertés communales, bon sens provençal », et non plus « Libertés communales, identité provençale ».

Une conséquence arithmétique est certaine avant tout dépouillement : avec neuf listes pour huit sièges, au moins une d'entre elles n'obtiendra aucun élu, comme cela avait déjà été le cas pour deux listes en 2020.

Ce que la fragmentation change à la plus forte moyenne

Nous avons détaillé le mécanisme complet de la plus forte moyenne, avec un premier exemple, dans notre article sur le mode de scrutin proportionnel. Un point mérite d'être ajouté : que se passe-t-il, à ce mode de calcul, quand un même camp politique se présente en une liste unique plutôt qu'en plusieurs listes concurrentes ?

Prenons un exemple entièrement fictif, sans lien avec les listes ou les scores réels de ce scrutin, pour l'illustrer. Quatre listes, A, B, C et D, se disputent huit sièges, avec 1 000 voix exprimées : A obtient 420 voix, B 310, C 185 et D 85. En répartissant les sièges un par un à la plus forte moyenne, ce scrutin donnerait 4 sièges à A, 3 à B, 1 à C et aucun à D.

Supposons maintenant que la liste A se scinde en deux listes concurrentes, A1 et A2, qui se partagent exactement les mêmes 420 voix, par exemple 250 pour l'une et 170 pour l'autre, toutes choses égales par ailleurs. Le calcul, refait à l'identique pour B, C et D inchangées, aboutit cette fois à 2 sièges pour A1, 1 pour A2, mais aussi 3 pour B, sans changement, et surtout 2 pour C au lieu d'un seul. Le total des deux listes issues de A tombe à 3 sièges, contre 4 quand elles ne faisaient qu'une, et c'est la liste C, restée unique, qui récupère le siège perdu.

C'est la logique même de ce mode de calcul, apparenté à la méthode dite « d'Hondt » : diviser un même stock de voix entre plusieurs listes ne peut, à lui seul, jamais faire gagner un siège à ce camp par rapport à une liste unique. Il peut, en revanche, lui en faire perdre, au bénéfice d'un concurrent resté groupé.

Un collège électoral renouvelé par les municipales de mars

Ce ne sont pas seulement les listes qui ont changé depuis 2020 : le collège électoral qui les départage a lui-même été renouvelé entre-temps. Les conseils municipaux ont été élus les 15 et 22 mars 2026, dates que la préfecture des Bouches-du-Rhône rappelle sur sa page consacrée à ce scrutin. Le décret du 21 avril 2026 portant convocation des collèges électoraux sénatoriaux a ensuite fixé au vendredi 5 juin 2026 la date à laquelle ces conseils nouvellement élus devaient désigner leurs délégués sénatoriaux.

Sur notre territoire, plusieurs de ces scrutins de mars se sont joués dès le premier tour. À Fuveau, la liste de Béatrice Bonfillon Chiavassa a été réélue avec 75,97 % des suffrages exprimés ; à Meyreuil, celle de Jean-Pascal Gournes l'a emporté avec 64,07 %. Ce sont ces conseils municipaux, installés au printemps, qui ont fourni au mois de juin les grands électeurs appelés à voter ce dimanche.

Le collège qui vote ce 27 septembre n'est donc pas celui de 2020 : selon la préfecture des Bouches-du-Rhône, il compte 3 695 grands électeurs, dont 3 566 délégués des conseils municipaux (96,5 % du total), contre 3 587 grands électeurs six ans plus tôt. À l'échelle nationale, la même page recense 93 469 grands électeurs pour la série de sièges renouvelée ce dimanche, dont 88 937 délégués municipaux, soit 95,2 % : le poids des conseils municipaux est donc encore un peu plus marqué dans notre département qu'en moyenne. Ce sont les maires et conseillers municipaux élus en mars, ou leurs délégués désignés en juin, qui composent l'essentiel de ce corps électoral, pour les communes de notre territoire comme pour les autres du département.

Et concrètement, pour nous ?

Pour le bassin de l'Arc, ce changement de configuration se lit dans la liste conduite par le maire de Gardanne, Hervé Granier, réélu en mars : elle est l'une des cinq listes classées à droite ou à l'extrême droite pour ce scrutin, contre deux seulement en 2020, celle d'union de la droite de Patrick Boré et celle du RN de Stéphane Ravier. Cela ne présage en rien du nombre de sièges que chacune obtiendra : la plus forte moyenne peut confirmer un rapport de force comme le redistribuer, selon l'écart réel des voix, que seul le dépouillement de ce dimanche soir permettra de connaître. Les modalités pratiques du vote, qui se tient à la préfecture, à Marseille, sont détaillées dans notre mode d'emploi du jour J. Nous suivrons les résultats, provisoires puis définitifs, sur la page dédiée de notre dossier sénatoriales 2026.

Nos sources

Les documents et publications sur lesquels cet article s'appuie.

  1. Préfecture des Bouches-du-Rhône, élections sénatoriales, résultats du dimanche 27 septembre 2020 (nouvelle fenêtre)
  2. Sénat, élections sénatoriales 2026, page départementale des Bouches-du-Rhône (neuf listes pour huit sièges) (nouvelle fenêtre)
  3. Préfecture des Bouches-du-Rhône, « Tout savoir sur les élections sénatoriales » (collège électoral 2026 : 3 695 grands électeurs dans les Bouches-du-Rhône, 93 469 pour la série 2 au niveau national) (nouvelle fenêtre)
  4. Sénat, « Le collège électoral sénatorial » (vote obligatoire pour les électeurs sénatoriaux, article L318 du code électoral, amende de 100 euros) (nouvelle fenêtre)
  5. Légifrance, décret n° 2026-301 du 21 avril 2026 portant convocation des collèges électoraux (désignation des délégués le 5 juin 2026, scrutin le 27 septembre 2026) (nouvelle fenêtre)
  6. Préfecture des Bouches-du-Rhône, dates des élections municipales et communautaires de 2026 (les 15 et 22 mars 2026) (nouvelle fenêtre)

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