Septèmes-les-Vallons : des tuileries aux cheminées de brique, mémoire industrielle
Aux portes de Marseille, Septèmes-les-Vallons tire son nom d'une borne romaine et porte les traces de deux mille ans d'histoire : oppidum antique, tuileries, cheminées de brique et une ancienne usine devenue médiathèque.

Aux portes nord de Marseille, à une dizaine de kilomètres du Vieux-Port, Septèmes-les-Vallons doit son nom à une pierre. Selon l'usage romain, une borne miliaire, la septième, le lapis septimus, jalonnait ici la voie reliant Marseille (Massilia) à Aix-en-Provence (Aquae Sextiae). La cité qui s'est développée dans ce couloir de collines a gardé de ce passé un fil continu, de l'oppidum antique aux hautes cheminées de brique, qui raconte deux mille ans d'occupation d'un même territoire.
Des bornes romaines à l'oppidum des Mayans
Bien avant la voie romaine, les hauteurs de Septèmes étaient habitées. L'oppidum des Mayans, autrefois appelé Castel-Jussiou, est un habitat fortifié celto-ligure remontant au VIe siècle avant notre ère, ceinturé d'un rempart flanqué de tours carrées et doublé d'un enclos intérieur. La présence romaine, elle, est attestée par les traces d'un canal antique vers Marseille et par une découverte de 1911 : deux autels votifs, dédiés à Jupiter et à Junon, mis au jour dans le vallon des Fabrégoules. Au fil des siècles, la commune appartint à l'abbaye Saint-Victor de Marseille puis à l'évêché, avant de trouver sa vocation moderne. Aujourd'hui, Septèmes compte 11 995 habitants, selon le recensement de 2023, sur un territoire de 17,84 km² de vallons et de reliefs.
Le siècle des tuileries et de la chimie
C'est au XIXe siècle que le paysage bascule. La proximité de Marseille, l'espace disponible dans les vallons et la présence d'argile favorisent l'implantation d'une industrie lourde. Des tuileries et des briqueteries s'installent, exploitant les carrières d'argile locales, tandis que se développe une chimie de pointe. On y produit de l'acide sulfurique, du plomb, des engrais phosphatés ou de l'arsénite de sodium. Cette activité a durablement marqué les lieux : dans le vallon du Maire, l'exploitation débute vers 1890 ; dans le vallon des Fabriques, on fabrique acides, soude, engrais, carbonate et sulfate de cuivre.
Le patrimoine le plus spectaculaire de cette époque tient dans les « cheminées rampantes ». Pour évacuer les fumées de plomb sans construire de tours démesurées, les industriels bâtissaient de longs conduits épousant la pente des collines, coiffés d'une modeste cheminée sur la crête. Le trajet permettait de refroidir et de condenser une partie des vapeurs. Les deux vallons en conservent la trace, ponctuée d'imposantes colonnes de brique. Le site, classé Natura 2000, se parcourt aujourd'hui par un sentier qui mène jusqu'à une ancienne batterie militaire de 1939, dans un décor mêlant nature et vestiges industriels.
Une usine devenue médiathèque
Ce dialogue entre mémoire et renouveau trouve son symbole au cœur de la ville. Le 4 février 2017, Septèmes inaugurait sa médiathèque Jorgi Reboul, aménagée dans une ancienne usine d'essence de térébenthine réhabilitée par les architectes Jean-Louis Duchier et Nicolas Pietra. Sur un vaste plateau ouvert de 850 m² s'organisent les collections jeunesse, presse, adultes et bandes dessinées, autour d'un patio central. Sur l'esplanade, la cheminée de l'ancienne usine a été conservée, rappelant la fonction passée du bâtiment. L'équipement porte le nom de Jòrgi Reboul (1901-1993), poète de langue occitane attaché à la Provence. Un choix qui résume l'esprit des lieux : Septèmes ne rase pas son histoire industrielle, elle la transforme en équipement public et en promenade patrimoniale.


