Allauch : les moulins et Notre-Dame du Château, patrimoine au vent des collines
Sur les hauteurs qui dominent Marseille, Allauch veille sur cinq moulins à vent du XVIIe siècle et sur la chapelle Notre-Dame du Château, berceau d'un village né au Moyen Âge. Voyage dans un patrimoine resté bien vivant.

Le vent, ici, a longtemps fait vivre le village. Sur l'esplanade Frédéric Mistral, cinq moulins à vent du XVIIe siècle dressent encore leur silhouette de pierre face à Marseille et à la Méditerranée. Ils rappellent l'époque où Allauch, perché sur les collines du massif de l'Étoile, vivait du blé et de la farine, avant que l'ère industrielle ne les fasse taire.
Cinq moulins, une esplanade et un boulanger
Les moulins n'ont pas toujours occupé cette butte. Ils furent d'abord installés à l'intérieur du château, au XIIe siècle, puis au nord de la rue Notre-Dame, puis sur l'emplacement de l'actuelle église Saint-Sébastien. La construction de cette dernière leur ayant coupé le vent, il fallut les déplacer une nouvelle fois, vers l'esplanade que l'on connaît aujourd'hui, à environ 228 mètres d'altitude. Ils cessèrent de battre le blé à l'aube de l'ère industrielle et, vers 1900, ne servaient plus que de granges à paille.
Deux d'entre eux ont retrouvé leur allure d'antan. Le moulin Camoin, aujourd'hui transformé en musée du vieil Allauch, a été rénové en 1936 pour son gros œuvre, puis en 1970 pour sa toiture et ses ailes. Le moulin Louis Ricard, cinquième et dernier bâti sur l'esplanade, fut construit en 1729 par Louis Ricard, boulanger à Allauch : c'est le seul des cinq à posséder une cave. Restauré et de nouveau mécanisé en 2013, il tourne comme à l'origine et passe pour le seul moulin en état de marche du bassin marseillais. À deux pas, une table d'orientation installée en 1977 déroule le panorama, de la ville phocéenne aux îles du littoral.
Notre-Dame du Château, mémoire du castrum
Au-dessus des moulins, un sentier grimpe vers le berceau du village. Au XIIe siècle, les chanoines de la cathédrale Major de Marseille, seigneurs des lieux, y firent édifier un château fortifié, à la fois demeure et village de collines protégé par ses remparts. La chapelle qui le couronnait, dédiée à Notre-Dame du Château, remonterait à 1148. C'est là, à quelque 300 mètres d'altitude, que naquit véritablement Allauch.
Du château, détruit en 1595, ne subsistent que des vestiges, dont une poterne encore visible. La chapelle, elle, a résisté. L'édifice actuel est daté du XIIIe siècle ; ayant perdu sa fonction paroissiale, il devint un lieu de pèlerinage très fréquenté. Il est inscrit au titre des monuments historiques par arrêté du 28 décembre 1984. À l'intérieur, une collection d'ex-voto qui court du XVIIe siècle à nos jours figure au pré-inventaire des richesses artistiques de la France. Vers 1859, la chapelle fut agrandie et le conseil municipal finança une statue de la Vierge placée au sommet du clocher, qui veille toujours sur la vallée.
Des traditions vivaces
Le sanctuaire rythme encore le calendrier local. En septembre, Allauch fête pendant huit jours la nativité de Marie, dite l'Octave, ponctuée de pèlerinages, de messes et de bénédictions. La commune y célèbre aussi le dimanche de la Quinzaine, quinze jours après Pâques, en mémoire d'un vœu formulé lors de l'épidémie de peste de 1720. Et chaque 24 décembre, la colline s'anime pour la descente des bergers, crèche vivante qui part de Notre-Dame et précède la messe de minuit, perpétuant la ferveur provençale.
Entre ses ruelles étroites, ses placettes et ses fontaines, le vieil Allauch garde ainsi la trace de plusieurs siècles d'histoire. Les moulins et la chapelle, deux repères que l'on aperçoit de loin, en résument le caractère : un village de collines qui a su conserver, face à Marseille toute proche, sa silhouette et ses coutumes.


