Olivier Sumeire, l'artisan du premier cru de la Sainte-Victoire
Ce vigneron préside l'Association des Vignerons de la Sainte-Victoire. Le 6 février 2025, le comité national de l'INAO a reconnu à l'unanimité Sainte-Victoire comme cru des Côtes de Provence, après trente-trois ans d'efforts.

Au pied de la montagne chère à Cézanne, un nom revient quand on parle du tournant vécu par les vignerons provençaux : celui d'Olivier Sumeire. Président de l'Association des Vignerons de la Sainte-Victoire, il a porté, avec un collectif patient, la reconnaissance de Sainte-Victoire comme cru des Côtes de Provence.
Trente-trois ans de patience collective
L'histoire commence en 1992, avec la fondation de l'association. Trois décennies plus tard, elle rassemble 350 producteurs, dont 4 caves coopératives. Longtemps, ces vins ont été classés en dénomination géographique complémentaire (DGC), un échelon intermédiaire de l'appellation Côtes de Provence.
Le 6 février 2025, le comité national des appellations de l'INAO a voté, à l'unanimité, la reconnaissance de Sainte-Victoire comme cru. C'est, en France, la première fois qu'une dénomination géographique complémentaire accède à ce rang, le dispositif permettant ce passage existant depuis 2022. La décision concerne les vins rosés et rouges, sur une aire de production délimitée d'environ 2 700 hectares. En 2024, la DGC couvrait quelque 600 hectares pour 30 000 hectolitres produits.
Olivier Sumeire résume l'enjeu en quelques mots, rapportés par la presse spécialisée : « Au-delà de son caractère réglementé, la notion de cru parle à tous. » À ses côtés, Jean-Jacques Balikian, directeur de l'association, soulignait : « Maintenant, c'est un cru et on peut parler de terroir. »
Un territoire entre vigne et montagne
Le terroir de la Sainte-Victoire se distingue par des sols maigres et une influence continentale, où le mistral de la vallée du Rhône est marqué, tandis que le massif de la Sainte-Baume limite au sud l'influence de la mer Méditerranée. Cette singularité géographique a nourri le dossier déposé auprès de l'INAO.
Pour Éric Pastorino, président de l'organisme de défense et de gestion des Côtes de Provence, ce classement constitue « la première marche pour une construction pyramidale » de l'appellation, un modèle hiérarchisé qui pourrait inspirer d'autres terroirs provençaux.
Une ambition pour le territoire
L'engagement d'Olivier Sumeire ne se limite pas au classement. De longue date, il défend l'idée d'ancrer davantage l'appellation dans son paysage. En 2015 déjà, il confiait à la presse régionale : « Je rêve d'installer la Maison des vins de Sainte-Victoire au pied de la montagne, dans les locaux de la maison du Grand Site Sainte-Victoire à Saint-Antonin », au plus près des visiteurs.
Derrière la reconnaissance officielle, c'est donc une vision de territoire qui se dessine : relier la vigne, la montagne et les villages qui la bordent. Après trente-trois ans de mobilisation, les vignerons de la Sainte-Victoire peuvent revendiquer leur cru. Reste, désormais, à le faire vivre.


