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Le Tholonet, l'eau, la pierre et la lumière au pied de Sainte-Victoire

Un barrage pionnier signé du père d'Émile Zola, un château devenu siège du Canal de Provence, une route peinte par Cézanne : au Tholonet, l'histoire de l'eau, de l'architecture et de la peinture se lit au pied de la Sainte-Victoire.

La rédaction3 min de lectureLe Tholonet
Le barrage Zola, au Tholonet
Photo : Paul Cézanne / Wikimedia Commons, Public domain

Adossé à la Sainte-Victoire, à quelques kilomètres à l'est d'Aix-en-Provence, Le Tholonet cultive une identité rare : celle d'un village où l'histoire de l'eau, celle de l'architecture et celle de la peinture se rejoignent dans un même paysage. Trois lieux le racontent : un barrage visionnaire, un château de plaisance et une route classée. Tour d'horizon d'un territoire où la Provence s'est faite laboratoire.

Le barrage Zola, une prouesse née d'un père

Dans les gorges de l'Infernet, en amont du village, se dresse un ouvrage qui a marqué l'histoire de l'ingénierie : le barrage Zola. Il porte le nom de François Zola, ingénieur d'origine italienne et père du romancier Émile Zola. Face à la pénurie d'eau chronique d'Aix, réduite à une dizaine de litres par jour et par habitant, il conçoit dès 1838 un projet audacieux : retenir les eaux de ruissellement de la Sainte-Victoire.

L'ouvrage est présenté comme le premier barrage-voûte de l'ère industrielle dont la géométrie a été calculée à l'avance, en tenant compte de la résistance de la voûte. Les chiffres impressionnent encore : 36,5 mètres de hauteur au-dessus du lit de la rivière, 42,5 mètres depuis les fondations, 66 mètres de longueur, pour une retenue pouvant atteindre 2,5 millions de mètres cubes.

François Zola ne verra jamais son œuvre achevée. Les travaux débutent le 4 février 1847 ; il meurt d'une pneumonie, contractée alors qu'il se rendait à Marseille, le 27 mars de la même année, à 50 ans. Le chantier est repris sous la direction d'Achille Durup de Baleine, puis mené à terme par la compagnie du canal d'Aix. Le barrage est inauguré le 16 décembre 1854. L'eau rejoint Aix par le canal Zola, long de près de 7,8 kilomètres, qui restera la principale ressource de la ville jusqu'à l'arrivée des eaux du Verdon, en 1875. Le canal reçoit officiellement le nom de son concepteur le 17 septembre 1871.

Le château, de la demeure de plaisance au Canal de Provence

Au cœur du village, ombragé par une célèbre allée de platanes, le château du Tholonet raconte une autre histoire de l'eau et du pouvoir. Alexandre de Gallifet, président au parlement de Provence, acquiert le domaine en 1637 et transforme l'édifice ancien en une vaste demeure de plaisance à l'italienne, restaurée de fond en comble dans les années 1640. La famille Gallifet conservera le domaine environ deux siècles et demi, jusqu'à la fin du XIXe siècle, y installant salons, bibliothèque et même un théâtre, au point qu'on l'a parfois surnommé le « Versailles d'Aix ».

Le domaine connaît un second destin en 1959, lorsque la Société du Canal de Provence en fait son siège en rachetant le bâtiment. Le château et ses jardins, entre bassins et rangées de platanes, ne se visitent pas librement, mais leur silhouette compose l'un des paysages les plus photographiés de la commune.

Sur les pas de Cézanne, la montagne pour modèle

Le Tholonet doit aussi sa renommée à Paul Cézanne. Né à Aix-en-Provence le 19 janvier 1839, le peintre arpente longuement cette campagne dont la Sainte-Victoire devient le motif obsédant, décliné dans des dizaines de toiles. La pittoresque route qui relie Aix au village porte aujourd'hui son nom : la route Cézanne. Un décret pris le 17 juillet 1959, à l'initiative d'André Malraux, alors ministre des Affaires culturelles, en a protégé les abords ; elle est souvent présentée comme la seule route classée de France.

Non loin, le Château Noir, propriété isolée sur cette même route, occupe une place particulière dans l'œuvre du maître : Cézanne y louait une remise pour entreposer son matériel, et le domaine apparaît sur plusieurs de ses tableaux. Le peintre travaille aussi dans un cabanon des carrières voisines de Bibémus, qu'il conserve jusqu'en 1904. Aujourd'hui intégré au Grand Site Concors Sainte-Victoire, Le Tholonet offre au promeneur ce que Cézanne y cherchait : la rencontre de la pierre, de l'eau et de la lumière.


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