Fuveau, du vieux village médiéval à la galerie des mineurs
Entre Aix et la Sainte-Victoire, Fuveau garde les traces d'une double histoire : celle d'un village médiéval fortifié et celle du charbon, dont une galerie de trois kilomètres creusée au XIXe siècle témoigne encore.

Au sud-est d'Aix-en-Provence, au pied de la Sainte-Victoire, Fuveau étage ses ruelles sur un promontoire dominant la vallée de l'Arc. La commune raconte deux histoires imbriquées : celle d'un bourg médiéval accroché à sa colline, et celle du charbon qui, deux siècles durant, a rythmé la vie de ses habitants.
Un bourg né sur la colline
Le nom de Fuveau est cité pour la première fois dans une charte de 1080. Le premier habitat se serait fixé sur la colline Saint-Michel, avant que le village ne se développe autour du piton du Rocaoudo, où se dresse aujourd'hui l'église. De cette période subsistent des vestiges de fortifications et d'anciennes portes. La plus emblématique, la porte de Bassac, ancienne entrée sud du village, présente une épaisseur de mur de 1,5 mètre et imposait un passage en chicane, dispositif défensif caractéristique des bourgs perchés provençaux.
Le patrimoine religieux ponctue lui aussi le vieux village. La chapelle Saint-Michel, restaurée en 1677, rappelle les origines de l'habitat. L'église paroissiale actuelle, elle, date de 1854 : son architecture s'inspire largement du style baroque italien. Derrière l'édifice subsiste un ancien mur de la construction précédente, percé d'une ouverture par laquelle les seigneurs assistaient autrefois aux offices sans quitter leur demeure. Aux abords, d'anciennes résidences nobles témoignent du passé féodal de la commune.
Le charbon, une deuxième vie
L'intérêt pour le sous-sol de la région est ancien : dès octobre 1443, une autorisation de prospection est accordée dans le « bassin de Fuveau », l'une des premières mentions connues du charbon en Provence. L'exploitation reste longtemps artisanale. Il faut attendre le XIXe siècle pour qu'elle prenne une dimension industrielle : un premier puits vertical de 70 mètres est foncé en 1820, et les machines à vapeur se multiplient à partir de la fin des années 1830 pour pomper l'eau qui noie les galeries et remonter le charbon.
Le principal obstacle des mineurs reste en effet l'eau. Pour l'évacuer, la compagnie Michel et Armand entreprend, de 1842 à 1846, le creusement d'une galerie d'exhaure de 3 000 mètres, destinée à drainer les eaux qui inondent les chantiers des mines de Belcodène et de Gréasque. Quatorze puits sont percés au fil de l'ouvrage, et l'activité minière emploie jusqu'à 300 Fuvelains, marquant la première véritable poussée démographique du village.
Du lavoir au souvenir
Autour de la mine, la vie s'organise. En 1873, un lavoir est aménagé et alimenté par les eaux d'exhaure de la galerie. Des lavandières professionnelles y travaillent : la dernière d'entre elles, Madame Corti, y exerce encore dans les années 1950. L'ouvrage, longtemps au cœur du quotidien, a survécu à la mine elle-même.
Car le cœur du bassin s'est peu à peu déplacé vers l'ouest, du côté de Gardanne et de Meyreuil. L'exploitation minière de Provence a définitivement cessé le 31 janvier 2003, au puits Yvon Morandat de Gardanne, refermant une histoire du charbon amorcée plus de cinq siècles plus tôt.
Aujourd'hui, la galerie continue par endroits d'assurer un rôle de drainage, tandis que le vieux village, ses portes et ses ruelles offrent aux promeneurs une lecture à ciel ouvert de cette histoire. Entre pierre médiévale et mémoire ouvrière, Fuveau conserve les deux visages qui ont façonné son identité.


