Centrale biomasse de Gardanne : la justice valide l'autorisation d'exploiter
Le 26 juin 2026, la cour administrative d'appel de Marseille a rejeté les recours des associations écologistes contre l'autorisation d'exploiter de GazelEnergie. La plus grande centrale biomasse de France, entre Gardanne et Meyreuil, peut continuer de tourner.

C'est un épisode de plus dans une saga judiciaire qui dure depuis plus de dix ans. Le 26 juin 2026, la cour administrative d'appel de Marseille a rejeté les recours de plusieurs associations de défense de l'environnement, dont France Nature Environnement (FNE) et Canopée, contre l'arrêté préfectoral du 20 novembre 2025. Cette décision (n° 23MA00797 / 23MA00798) sécurise l'autorisation d'exploiter de GazelEnergie et permet à la plus grande centrale biomasse de France, à cheval sur Gardanne et Meyreuil, de poursuivre son activité.
Ce que la justice a tranché
Reprenons le fil. Pour produire de l'électricité, la centrale ne brûle plus de charbon : elle fonctionne au bois (150 MW, de quoi alimenter environ 125 000 foyers). Mais son autorisation avait été annulée par le tribunal administratif de Marseille en 2017, annulation confirmée par le Conseil d'État en mars 2023. Le motif : l'étude d'impact ne mesurait pas assez les effets de l'approvisionnement en bois sur les forêts.
Pour se remettre en règle, l'État a lancé une enquête publique complémentaire (du 5 mai au 6 juin 2025, sur 324 communes de 16 départements), puis pris l'arrêté du 20 novembre 2025 qui régularise l'exploitation en imposant de nouvelles prescriptions. C'est cet arrêté que les associations attaquaient. La cour a jugé que « l'information relative aux effets sur l'environnement de son approvisionnement en bois est désormais suffisante » et que l'enquête complémentaire s'était « déroulée dans des conditions régulières ». Autrement dit : le dossier corrige, selon les juges, les lacunes pointées en 2023.
Bois, forêts et camions : le cœur du désaccord
Le point le plus sensible reste l'appétit de la centrale en bois : environ 450 000 tonnes par an. Une partie provient d'un rayon d'environ 240 km autour du site, dans le sud de la France ; le reste est importé, notamment du Brésil, d'Espagne et d'Italie. C'est précisément ce que dénoncent les opposants : brûler autant de bois, parfois venu de loin, pèserait sur des forêts déjà fragilisées par la sécheresse.
« C'est une très mauvaise nouvelle pour les forêts, qui sont pourtant notre meilleur allié contre le réchauffement climatique, que nous vivons pleinement en ce moment », a réagi Judith Sébert, juriste de FNE Provence-Alpes-Côte d'Azur. Pour les riverains, l'enjeu est aussi très concret : va-et-vient de camions, poussières et bruit liés à l'acheminement du combustible.
Pour le bassin gardannais, ce que ça change
Sur le plan local, la décision consolide un site industriel qui compte. GazelEnergie (filiale du groupe EPH, contrôlé par l'homme d'affaires Daniel Kretinsky) met en avant le maintien d'environ 120 emplois directs et plusieurs centaines d'emplois indirects, dans la filière forestière, la logistique portuaire, la manutention et la maintenance. Dans un bassin marqué par la fin du charbon, ces postes pèsent lourd.
Faut-il pour autant considérer le dossier comme clos ? Pas forcément. Les associations peuvent encore se pourvoir en cassation devant le Conseil d'État, comme elles l'avaient fait par le passé. La bataille, engagée depuis la reconversion du site au début des années 2010, pourrait donc connaître un nouveau chapitre. En attendant, la centrale continue de tourner, et le débat entre défense de l'emploi local et protection des forêts, lui, reste entier.

