Thierry Tortosa, gardien des oeufs de dinosaures de Sainte-Victoire
Paléontologue et conservateur de la Réserve naturelle nationale de Sainte-Victoire, il veille près de Gardanne sur l'un des plus riches gisements d'oeufs de dinosaures au monde, surnommé « Eggs-en-Provence ».

À quelques kilomètres de Gardanne, au pied de la montagne Sainte-Victoire, un site discret attire l'attention des paléontologues du monde entier. Sur les terres argileuses et rouges du secteur de Roques-Hautes, sur la commune voisine de Beaurecueil, Thierry Tortosa veille sur un trésor enfoui depuis des dizaines de millions d'années : des milliers d'oeufs de dinosaures fossilisés.
Un gisement « sans équivalent »
Paléontologue et conservateur de la Réserve naturelle nationale de Sainte-Victoire, Thierry Tortosa pilote les fouilles d'un lieu que les chercheurs ont surnommé « Eggs-en-Provence », clin d'oeil à la proximité d'Aix-en-Provence. Ces dernières années, environ un millier d'oeufs y ont été mis au jour sur moins d'un hectare, certains atteignant jusqu'à 30 centimètres de diamètre. Les fossiles remontent à la fin du Crétacé, il y a quelque 74 à 75 millions d'années.
Pour le scientifique, ce gisement n'a pas d'équivalent : il suffit, dit-il, de se baisser pour trouver des restes de coquilles. La densité de ponte est telle, explique-t-il, que l'on estime « avoir un oeuf au mètre carré : on est donc sur des milliers voire potentiellement des millions d'oeufs ». D'où la formule qu'il aime employer pour résumer le phénomène : « On marche littéralement sur des oeufs ! »
Protéger un patrimoine géologique rare
Le rôle de Thierry Tortosa ne se limite pas à creuser. Conservateur, il doit aussi protéger ce patrimoine fragile. La réserve, créée par décret le 1er mars 1994, s'étend aujourd'hui sur près de 140 hectares et doit voir sa surface doublée, pour approcher 280 hectares. Une extension qui sécurise davantage un gisement compté parmi la dizaine de sites comparables recensés dans le monde.
Sous les oeufs, les fouilles ont également livré près d'un millier d'ossements. Les restes identifiés appartiennent notamment au Rhabdodon, un herbivore, et à des titanosaures, ces géants à long cou. Après neuf années de campagnes sur le terrain, l'équipe continue de faire des découvertes, preuve que le sol provençal n'a pas livré tous ses secrets.
Transmettre la science au public
Au-delà de la recherche, Thierry Tortosa s'attache à faire vivre ce patrimoine auprès des habitants et des visiteurs. La sensibilisation du public fait partie intégrante de sa mission : expliquer comment vivaient ces animaux disparus, pourquoi la Provence abrite un tel concentré de fossiles, et comment chacun peut contribuer à préserver un site aussi exceptionnel.
À deux pas de Gardanne, ce coin de Provence continue ainsi de raconter l'histoire des derniers dinosaures d'Europe, et de livrer, campagne après campagne, de nouveaux indices sur leur vie.


