Rousset, cœur de la microélectronique provençale avec STMicroelectronics
À Rousset, dans la vallée de l'Arc, STMicroelectronics emploie près de 3 000 personnes sur 37 hectares et produit environ cinq milliards de puces par an. Retour sur un pôle microélectronique né d'une reconversion minière et tourné vers l'avenir.

Sur le plateau de Rousset, à une vingtaine de kilomètres à l'est d'Aix-en-Provence, les salles blanches ne s'éteignent jamais. Depuis plus de quarante ans, cette commune de la vallée de l'Arc abrite l'un des plus importants sites de microélectronique de France. Le fabricant franco-italien STMicroelectronics y emploie près de 3 000 personnes sur un site de 37 hectares et y produit environ cinq milliards de puces par an, selon le groupement d'entreprises local (GIHVA) et la presse économique régionale.
D'une reconversion minière à la « fab »
L'histoire commence à la fin des années 1970. Dans le cadre du « Plan composants » de l'État, l'usine Eurotechnique naît d'une alliance entre Saint-Gobain et l'américain National Semiconductor. Implantée à Rousset en 1979 et inaugurée en 1980, elle bénéficie des aides publiques destinées à la reconversion du bassin houiller de Gardanne (source : INA, Repères méditerranéens).
Les décennies suivantes dessinent une lignée industrielle continue. Thomson Semiconducteurs reprend Eurotechnique en 1983, puis l'alliance de 1987 avec l'italien SGS-Microelettronica donne naissance à SGS-Thomson. En 1998, après le retrait de Thomson, l'entité devient STMicroelectronics, aujourd'hui l'un des premiers fabricants mondiaux de semi-conducteurs. Le site de Rousset concentre fabrication en salle ultra-propre, test électrique, recherche et développement, design de produits, ventes et marketing.
Un poids lourd de l'emploi qualifié
Le site pèse dans l'économie du bassin. Selon le GIHVA, la communauté de travail y regroupe près de 3 000 personnes, dont environ 1 400 ingénieurs et cadres, ce qui en fait le deuxième site industriel de STMicroelectronics en France après Crolles (Isère). L'unité industrielle fabrique des plaquettes de silicium de 200 millimètres (« 8 pouces ») et s'est spécialisée dans les circuits intégrés pour l'automobile, les cartes à puce sécurisées, les microcontrôleurs à haute performance et la RFID.
Les montants engagés donnent la mesure de cette intensité technologique. D'après une étude de cas publiée par Melchior (site pédagogique de l'Institut de l'entreprise), le site a investi plus de 1,7 milliard d'euros depuis 1993 et consacre près de 100 millions d'euros par an à la R&D depuis les années 2000, avec par exemple 81 brevets déposés en 2004. Autour de ST gravite un écosystème de sous-traitants et de fournisseurs de procédés, ainsi qu'un centre de R&D de Microchip (héritier d'ES2 puis Atmel), présent dans le bassin depuis 1984 et employant plus de 200 personnes, majoritairement des ingénieurs.
Le pari du test européen
Le site prépare aussi sa prochaine étape. STMicroelectronics a racheté l'ancien site industriel d'Atmel-LFoundry, resté sans affectation pendant plus de huit ans, soit environ 17 hectares de bâtiments et de parkings. L'objectif annoncé : y créer un « Centre européen de tests de plaquettes de silicium », les premiers tests étant visés dès 2024 (source : Les Nouvelles Publications). Le directeur du site, Philippe Marc, avait présenté l'opération comme une « réindustrialisation du territoire », et non un transfert d'activité existante.
Ce cap s'inscrit dans une stratégie de groupe. En avril 2025, STMicroelectronics a détaillé un plan de remodelage de son empreinte industrielle : Rousset doit rester centré sur la production 200 mm et recevoir des volumes réalloués depuis d'autres sites afin de saturer ses capacités existantes. De la reconversion d'un carreau de mine à un projet de hub de test à l'échelle du continent, le plateau de Rousset reste, quatre décennies après Eurotechnique, un pilier discret mais central de l'industrie du bassin.


