Changement d'heure le 25 octobre : pourquoi le projet européen de suppression est bloqué
Dans la nuit du 24 au 25 octobre 2026, la France recule d'une heure. Le Parlement européen a voté la fin du changement d'heure en 2019, mais le dossier reste bloqué au Conseil. Sommeil, sécurité des piétons, éclairage public : ce que cela change dans le bassin de l'Arc.

Dans la nuit du samedi 24 au dimanche 25 octobre 2026, à 3 heures du matin, il sera 2 heures : la France, comme les vingt-six autres Etats membres de l'Union européenne, recule d'une heure. C'est la bascule vers l'heure d'hiver, une nuit avec soixante minutes de sommeil en plus pour qui peut se permettre de dormir un peu plus tard.
Le rendez-vous est si routinier qu'on en oublierait presque qu'un vote au Parlement européen a promis d'y mettre fin. C'était en 2019. Sept ans après, rien n'a changé, et il vaut la peine d'expliquer pourquoi.
Ce que prévoit encore la règle actuelle
Le changement d'heure saisonnier est d'abord une décision française : il a été instauré par le décret n° 75-866 du 19 septembre 1975 relatif à l'heure légale en 1976, pris après le choc pétrolier de 1973-1974 pour économiser l'éclairage, et appliqué dès 1976. Les dates sont harmonisées à l'échelle européenne depuis 1998 ; c'est aujourd'hui la directive 2000/84/CE qui fixe le passage à l'heure d'été au dernier dimanche de mars et le retour à l'heure d'hiver au dernier dimanche d'octobre. C'est ce texte, toujours en vigueur, qui s'applique cette année encore.
2019 : un vote massif, puis un blocage qui dure
Le 26 mars 2019, les eurodéputés ont adopté, par 410 voix pour, 192 contre et 51 abstentions, leur position de première lecture sur la proposition de directive abrogeant la directive 2000/84/CE et mettant fin au changement d'heure saisonnier, avec un dernier basculement envisagé en 2021. Le texte laissait à chaque pays le choix de rester à l'heure d'été ou à l'heure d'hiver en permanence.
C'est précisément ce choix qui a tout bloqué. Pour qu'une directive entre en vigueur, le Conseil de l'Union européenne, qui représente les Etats membres, doit lui aussi se prononcer. Or les Vingt-Sept ne s'accordent pas sur l'heure à conserver, et un choix non coordonné ferait apparaître des frontières horaires à l'intérieur même du marché unique, entre pays voisins ou à l'intérieur d'un même fuseau. Le dossier a été mis de côté au Conseil dès la fin 2019, puis relégué loin des priorités par la pandémie, le Brexit, la guerre en Ukraine et la crise de l'inflation.
Un début de relance est toutefois intervenu en 2025 : sous présidence polonaise du Conseil, les ministres ont demandé à la Commission européenne une étude d'impact détaillée. Le commissaire européen aux Transports, Apostolos Tzitzikostas, a déclaré, le 23 octobre 2025, que « le moment est venu de mettre définitivement fin aux changements d'heure saisonniers chaque année ». Sur l'énergie, les opposants jugent l'économie marginale ; une étude du Service de recherche du Parlement européen (EPRS) de 2017 nuance ce constat et chiffre le gain entre 0,5 % et 2,5 % de la consommation totale selon les pays. Aucun accord du Conseil n'a pour autant été acté depuis. Le changement d'heure d'octobre 2026 aura donc bien lieu.
Sommeil et sécurité routière : ce que mesure l'Observatoire national
Au-delà de l'agacement, le passage à l'heure d'hiver a un effet documenté : l'Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR) relève un impact sur l'organisme, sommeil et humeur, mais l'effet le mieux chiffré porte sur la luminosité aux heures de pointe. L'observatoire a chiffré la sur-accidentalité des piétons qui suit le changement d'heure, à partir des données d'accidents corporels.
| Indicateur (ONISR, accidentalité piétonne) | Evolution |
|---|---|
| Accidents corporels de piétons en novembre vs octobre (2013-2017) | + 11,4 % |
| Accidents impliquant un piéton, 7h-9h (pointe du matin, 2013-2017) | + 18 % |
| Accidents impliquant un piéton, 17h-19h (pointe du soir, 2013-2017) | + 52 % |
| Part de la mortalité piétonne annuelle concentrée sur octobre-janvier (2008-2017) | 43 % |
| Piétons tués en moyenne de novembre à janvier (2013-2017) | 164 par an |
L'explication tient à la géométrie du jour : la nuit tombe plus tôt et englobe désormais l'heure de sortie des écoles et du travail, au moment où les piétons sont les moins visibles pour les automobilistes, même s'ils pensent l'être.
Dans le bassin de l'Arc : moins de lumière, plus de vigilance
La question n'est pas seulement nationale. Une commune du secteur au moins a mis en place, indépendamment du changement d'heure, des régimes d'extinction nocturne de l'éclairage public sur les zones dites de « trame noire ». C'est le cas à Simiane-Collongue, où l'extinction court de 22 heures à 5 heures dans les zones de trame noire, et de 20 heures à 5 heures sur l'Ancien Chemin de Marseille, jusqu'au 31 mai 2027. Avec le recul de l'heure, la nuit s'installe plus tôt sur ces rues déjà concernées par l'extinction, ce qui rend d'autant plus utile la prudence que justifient ces chiffres, aux heures de sortie d'école et de bureau.
Le même raisonnement vaut pour les trajets du quotidien. A partir du 25 octobre, la tranche 17h-19h, celle où l'ONISR mesure la plus forte hausse d'accidents impliquant un piéton entre octobre et novembre, basculera progressivement dans l'obscurité. Aux abords des écoles et des arrêts de car du bassin, la visibilité des enfants qui rentrent devient donc un point de vigilance très concret pour les familles.
Et concrètement, pour nous ?
Rien à faire la nuit du 24 au 25 octobre, sinon reculer les pendules qui ne le font pas seules : la bascule est automatique sur les smartphones. En revanche, la semaine qui suit mérite un peu plus d'attention sur la route, à pied comme au volant, entre 17 heures et 19 heures. Pour les parents, c'est aussi le moment de vérifier que la tenue de leurs enfants qui vont à l'école à pied ou en car reste visible une fois la nuit tombée. Et pour ceux qui espéraient une dernière bascule cette année : il faudra encore attendre un accord des Vingt-Sept, dont la date reste, à ce stade, inconnue.
Nos sources
Les documents et publications sur lesquels cet article s'appuie.
- Service-Public.fr, Passage à l'heure d'hiver 2026 (nouvelle fenêtre)
- Parlement européen, communiqué du 26 mars 2019 : « Le Parlement approuve la fin du changement d'heure saisonnier en 2021 » (nouvelle fenêtre)
- EUR-Lex, position du Parlement européen arrêtée en première lecture le 26 mars 2019 en vue de l'adoption de la directive mettant fin aux changements d'heure saisonniers et abrogeant la directive 2000/84/CE (nouvelle fenêtre)
- Touteleurope.eu, Fin du changement d'heure dans l'Union européenne : où en est-on ? (nouvelle fenêtre)
- ONISR, Passage à l'heure d'hiver (données d'accidentalité piétonne BAAC 2013-2017) (nouvelle fenêtre)
- Légifrance, décret n° 75-866 du 19 septembre 1975 relatif à l'heure légale en 1976 (nouvelle fenêtre)
- Mairie de Simiane-Collongue, Extinction de l'éclairage public du 31 août 2026 au 31 mai 2027 (nouvelle fenêtre)





